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n° 301 à 304

V. Les droits des travailleurs

Dans cette page

a) Dignité des travailleurs et respect de leurs droits

301 Les droits des travailleurs, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante. Le Magistère social de l'Église a voulu en mentionner quelques-uns, en souhaitant leur reconnaissance dans les ordonnancements juridiques : le droit à une juste rémunération ; 651 le droit au repos ; 652 le droit « à des lieux et des méthodes de travail qui ne portent pas préjudice à la santé physique des travailleurs et qui ne blessent pas leur intégrité morale » ; 653 le droit que soit sauvegardée sa personnalité sur le lieu de travail, « sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité » ; 654 le droit à des subventions convenables et indispensables pour la subsistance des travailleurs au chômage et de leurs familles ; 655 le droit à la retraite ainsi qu'à l'assurance vieillesse, l'assurance maladie et l'assurance en cas d'accidents du travail ; 656 le droit à des mesures sociales liées à la maternité 657 et le droit de se réunir et de s'associer.658 Ces droits sont souvent offensés, comme le confirment les tristes phénomènes du travail sous-payé, privé de protection ou non représenté de manière adéquate. Il arrive souvent que les conditions de travail des hommes, des femmes et des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, soient tellement inhumaines qu'elles offensent leur dignité et nuisent à leur santé.

b) Le droit à une juste rémunération et distribution du revenu

302 La rémunération est l'instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail.659 Le « juste salaire est le fruit légitime du travail » ; 660 celui qui le refuse ou qui ne le donne pas en temps voulu et en une juste proportion par rapport au travail accompli commet une grave injustice (cf. Lv 19, 13 ; Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4). Le salaire est l'instrument qui permet au travailleur d'accéder aux biens de la terre : « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l'entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l'homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel ».661 Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci « ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier » : 662 la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat.

303 Le bien-être économique d'un pays ne se mesure pas exclusivement à la quantité de biens produits, mais aussi en tenant compte de la façon dont ils sont produits et du degré d'équité dans la distribution du revenu, qui devrait permettre à tous d'avoir à disposition ce qui sert au développement et au perfectionnement de la personne. Une répartition équitable du revenu doit être poursuivie sur la base de critères non seulement de justice commutative, mais aussi de justice sociale, c'est-à-dire en considérant, au-delà de la valeur objective des prestations de travail, la dignité humaine des sujets qui l'accomplissent. Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu qui, tenant compte des conditions générales, considèrent opportunément les mérites et les besoins de chaque citoyen.

c) Le droit de grève

304 La doctrine sociale reconnaît la légitimité de la grève « quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné »,663 après que toutes les autres modalités de dépassement du conflit se soient révélées inefficaces.664 La grève, une des conquêtes les plus difficiles de l'associationnisme syndical, peut être qualifiée de refus collectif et concerté, de la part des travailleurs, d'accomplir leurs prestations, afin d'obtenir, grâce à la pression ainsi exercée sur les employeurs, sur l'État et sur l'opinion publique, de meilleures conditions de travail et de leur situation sociale. La grève, pour autant qu'elle apparaisse « comme une sorte d'ultimatum »,665 doit toujours être une méthode pacifique de revendication et de lutte pour ses droits ; elle devient « moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun ».666


  1. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629. ↩

  2. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629. ↩

  3. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 629. ↩

  4. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 15 : AAS 83 (1991) 812. ↩

  5. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 18 : AAS 73 (1981) 622-625. ↩

  6. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629. ↩

  7. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629. ↩

  8. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 135 ; Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 186 ; Pie XII, Encycl. Sertum laetitiae : AAS 31 (1939) 643 ; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris : AAS 55 (1963) 262-263 ; Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68 : AAS 58 (1966) 1089-1090 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629-632 ; Id., Encycl. Centesimus annus, 7 : AAS 83 (1991) 801-802. ↩

  9. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629. ↩

  10. Catéchisme de l'Église Catholique, 2434 ; cf. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 198-202 : « Le juste salaire » est le titre du chapitre 4 de la IIème Partie. ↩

  11. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 67 : AAS 58 (1966) 1088-1089. ↩

  12. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 131. ↩

  13. Catéchisme de l'Église Catholique, 2435. ↩

  14. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68 : AAS 58 (1966) 1089-1090 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629-632 ; Catéchisme de l'Église Catholique, 2430. ↩

  15. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 632. ↩

  16. Catéchisme de l'Église Catholique, 2435. ↩